De la terre au bronze

Si vous voulez en savoir un peu plus sur le bronze à la cire perdue, comme certains d'entre vous me l'ont demandé, voici un petit résumé en images de mon stage chez Stuart Roussel.

Ce qui suit est extrêmement simplifié mais devrait vous donner un aperçu de ce procédé séculaire.

Bien évidemment, les fonderies professionnelles procèdent un peu différemment, mais le principe est le même.


1. Pièce originale en terre cuite

 

Ici un visage de femme rapidement modelé pour le stage qui requiert une pièce simple et de petit format.

 


2. Application du moule élastomère

 

On applique le moule en commençant par le dessous de la pièce. Le matériau utilisé ici (RTV 70) va prendre l'empreinte de la pièce au micron près.


3. Pose des fils de découpe

 

On pose des fils qui permettront de découper la coque en plâtre qui viendra enserrer le moule RTV.

On utilise du fil à réparer les voiles de bateau car il est très résistant.

 

Le nombre de découpe est fonction de la complexité de la pièce, ici, sur un visage, une découpe en quatre morceaux sera suffisant.

 


4. Coque en plâtre

 

Cette coque maintiendra le moule souple en place lorsqu'on en aura retiré la pièce originale.

Elle est appliquée sur l'élastomère une fois sec.

 

On tire les fils avant que la coque n'ait complètement durci pour assurer la séparation des différentes parties, et on laisse la coque finir de durcir.

 

On aura aussi veillé à aplanir le dessus de la coque afin de pouvoir la poser en équilibre par la suite.


5. Ouverture de la coque

 

On ouvre la coque suivant les découpes précédemment faites et on en retire l'ensemble pièce/moule.

 

Il est utile de numéroter les différentes parties de la coque avant de l'ouvrir, notamment pour les pièces complexes qui nécessitent de nombreuses découpes, afin de faciliter sa reconstitution ultérieurement.

 


6. Démoulage de la pièce

 

Le moule souple se retire comme un gant.

 

On le débarrasse ensuite de toute impureté qui se retrouverait sur la cire et donc ensuite sur le bronze.


7. Refermeture de la coque

 

On replace le moule dans sa coque soigneusement refermée afin de pouvoir le manipuler sans déformation lors du coulage de la cire.

 

Grâce à sa base aplanie, on peut le poser.


8. Moule en creux en RTV

 

On voit ici le moule en creux, dans sa coque, prêt à recevoir la cire.


9. Coulage de la cire

 

La cire est coulée en 3 fois avec des températures respectivement de 75°, 68° puis 60°.

 

On souhaite obtenir une épaisseur de 2 à 3 mm qui sera celle du bronze.

 

 

 


10. Constitution d'un rebord

 

Avec de la cire peu chaude et au pinceau, on construit un  rebord tout autour de l'ouverture, sur lequel viendront se souder les alimentations et les évents.


11. Nettoyage des coulures de cire

 

On écale soigneusement les coulures de cire en prenant soin de ne pas laisser des débris tomber dans l'ouverture. 


12. Pose des alimentations et évents

 

C'est une étape très importante.

En effet, les alimentations vont amener le bronze dans le moule final mais ce bronze liquide va chasser devant lui l'air contenu dans le moule et cet air risque de se retrouver coincé aux extrémités de la pièce.

Aussi des évents, placés stratégiquement, vont permettre à l'air de sortir et au bronze de remplir correctement toutes les parties de la pièce.


13. Potée de noyau

 

Une fois les alimentations et évents posés, on va remplir le centre du moule en cire et entourer les alimentations/évents de potée (mélange plâtre/chamotte) pour le solidifier et immobiliser le tout.

 

On veillera à laisser apparents l'extrémités des alimentations/évents (ici j'ai du nettoyer un peu mes "débordements").


14. Copie en cire de la pièce originale

 

Une fois la potée prise, on retire le moule RTV qui enserre la figurine de cire et on découvre la copie en cire de la pièce originale.

 

A ce stade, on peut corriger cette épreuve de cire des éventuels défauts.

 


15. Pose des derniers évents

 

On va ensuite poser les évents sur les points à risque de la pièce (ici nez, menton, chignon) où une bulle d'air pourrait se retrouver bloquée.

Ces évents vont être soudés aux tiges de cire en attente qui ont été prises dans la potée et qui affleurent le socle.

 

Le socle va être piqueté puis ensuite mouillé pour mieux permettre à la potée de contact d'adhérer.


16. Application de la potée de contact

 

On applique sur la cire une potée de contact, soit un mélange de plâtre et d'alumine, qui va constituer le moule réfractaire capable de supporter le bronze en fusion.

 

Cette opération est délicate car ce nouveau moule doit prendre l'empreinte parfaite de la cire. En effet,  c'est lui qui donnera sa forme au bronze.

 


17. Finalisation du cylindre

 

On va couler tout autour de ce moule, fragile quand il n'est pas cuit,  une potée identique à celle du socle (plâtre et chamotte) de façon à former un cylindre qui sera enfourné pour une cuisson lente et longue.

 

La présence d'un chien est facultative....

 


18. Cuisson des moules

 

Les cylindre sont enfournés tête en bas ou couchés, de façon à ce que rien n'obstrue les parties cireuses apparentes (alimentations/évents)  par lequelles la cire va couler et disparaître.

 

D'où l'expression "à la cire perdue".


19. Le bronze

 

Ces lingots de bronze ne paient pas de mine à ce stade.

 

La température de fusion est de 950° (début de l'état liquide) mais on ne le coulera pas avant 1150°.


20. Fonte du bronze

 

Superbe spectacle, pendant lequel on ne reste pas inactif.


21. Mise en place des cylindres

 

Les cylindres encore chauds (250°) sont placés dans des conteneurs et calés avec du sable bien tassé pour éviter qu'ils ne bougent lorsque l'on versera le bronze.

 

Les ouvertures des alimentations/évents sont évidemment placées sur le dessus pour recevoir le bronze.

 

En manipulant les cylindres on veillera à ce qu'aucune poussière ou impureté n'entre dans les orifices, car cela se retrouverait sur le bronze ensuite.


22. Sortie et mise en place du creuset

 

Quand le bronze a atteint la bonne température, on sort le creuset incandescent et on le place dans le "brancard", tenu par deux personnes prêtes à verser le métal liquide dans les alimentations.


23. Coulage du bronze

 

Moment intense : la première coulée de bronze !

 

Plusieurs jours de dur labeur pour quelques secondes magiques !


24. Après la coulée

 

On attend que le bronze refroidisse et se fige dans le moule, prenant l'empreinte du moule réfractaire.

 

La magnifique coulée de feu liquide devient pour le moment noirâtre.


25. Sortie de la pièce en bronze

 

On casse les cylindres en les frappant avec modération latéralement pour ne pas risquer de "matraquer" la pièce encore fragile car encore chaude.


26. Nettoyage

 

 

La pièce est immergée dans l'eau froide pour la rendre manipulable puis nettoyée sous pression pour enlever toute trace résiduelle de potée.


 

27. Pièce brute

 

Voici la pièce telle qu'elle apparaît, brute, avec encore ses alimentations et évents.

 

On va rapidement la nettoyer avec des brosses rotatives métalliques.


28. Suppression des alimentations/évents

 

On les coupe, puis on lisse la base.


29. Réparation des défauts

 

On répare les défauts les plus grossier.

 

Puis, avec diverses fraises et outils de ciselure et de polissage, on corrigera et fignolera la pièce.


30. Problème !

 

Ici il manque du bronze, sans doute en raison d'une couche trop fine de cire à cet endroit.

 

De même, des petites bulles d'air sur le nez et sur le front donneront lieu à réparation.


31. Réparations

 

On va réparer en soudant ou brasant, en chauffant la pièce et en utilisant des baguettes de bronze.

Les fonderies professionnelles utilisent le procédé de soudure à l'arc.

 

Ensuite, on repolira pour effacer toute trace de réparation.


32. Réparation faite.

 

La dame a retrouvé son joli chignon.


33. Pièce terminée avant patine

 

Bien nettoyé et poli, le bronze a désormais son aspect doré et brillant.

Selon les goûts et les pièces, on peut lui conserver cet aspect ou opter pour une patine.


34. La patine

 

Il existe des patines à chaud ou à froid. Ici je choisis une patine à chaud en appliquant :

 

1) du nitrate de cuivre qui donne cette couleur verte que l'on voit sur les objets oxydés en cuivre ou en bronze (le cuivre étant la composante majeure du bronze).

 

2) puis du barège qui fonce en donnant un aspect vieilli pour obtenir une patine dite "à l'antique" comme ces vieux bronzes anciens qui ont traversé bien des saisons. 


Et voilà, la copie en bronze de ma pièce d'origine est terminée. La patine n'est pas tout à fait ce que j'avais dans l'idée, mais cela aussi est tout un art et on ne peut maîtriser cet exercice dès la première fois.

Un mot sur la patine : c'est extrêmement important pour la mise en valeur d'une pièce. De même qu'un encadrement peut gâcher ou mettre en valeur une oeuvre picturale, une patine ratée peu "tuer" une sculpture alors qu'une patine bien choisie et bien réalisée peut mettre la pièce en valeur d'une façon impressionnante.

 

D'ailleurs, les grands artistes ne s'y trompent pas et certains ont pris beaucoup de temps pour mettre au point une patine qui leur est propre et qui contribue à la reconnaissance immédiate de leurs oeuvres.

 

Là encore, c'est une maîtrise que l'on trouve chez les fondeurs professionnels qui ont des spécialistes expérimentés capables de réaliser des patines merveilleuses.